Tout est prêt : le second tour des élections municipales se tiendra le 28 juin prochain.
Le premier tour symbolise l’entrée dans la crise ;
le second tour pourrait en traduire la sortie
Symbole temporel, car la crise a éclaté au moment où s’organisait le premier tour. Symbole juridique, car le report du seul second tour pose des questions de droit inédites, à l’instar de la crise sanitaire elle-même. Symbole de communication, car le maintien du premier tour le 15 mars, au lendemain de la décision de fermer les lieux recevant du public et à la veille du confinement de toute la population marque la contradiction du Gouvernement dans sa gestion de la crise.
Symbole politique, enfin, car, en conséquence de tous les symboles précédents, l’organisation des élections municipales traduit toutes les difficultés que l’Exécutif a dû affronter : début de la crise, importance et conséquence de l’épidémie (fallait-il maintenir le premier tour ?), nécessité des masques (étaient-ils indispensables pour aller voter ?), sans parler de la démission d’Agnès Buzyn en tant que Ministre de la Santé, pour être candidate à Paris,
avec le mauvais résultat que l’on connaît, puis
ses révélations dans les colonnes du journal Le Monde.
Symboliquement, donc, le premier tour des municipales constitue l’entrée et l’éclatement de la crise. Son second tour pourrait alors en traduire la sortie.
On sait que les résultats ne promettent pas d’être favorables à la majorité, mais une victoire d’Édouard Philippe au Havre, assortie de son regain de popularité, permettrait de sauver les apparences.
Il est donc temps de passer à autre chose, de refermer le volet de la crise sanitaire, de relancer l’économie, de préparer la rentrée, de rouvrir totalement les écoles, de retrouver une vie normale, voire de changer de Gouvernement, de Premier ministre, de dissoudre l’Assemblée nationale, de faire un référendum. Le Gouvernement s’y prépare (
Gilles Le Gendre aussi) mais, pour tout cela, il faut que le second tour des élections municipales ait lieu : tout est prêt.
Tout est prêt mais rien n’est acquis : tout peut encore basculer, tout peut encore être renvoyé et, là encore, le Gouvernement s’y prépare.
La date du 28 juin ne sera confirmée que la semaine prochaine.
D’autre part, des questions prioritaires de constitutionnalité ont été transmises au Conseil constitutionnel sur cette déconnexion des deux tours, dont on a déjà exposé
le caractère inconstitutionnel : elles seront examinées la semaine prochaine.
En quelque sorte, ce n’est donc pas tant le second tour que la décision à venir du Conseil qui marquera la sortie de crise pour le Gouvernement. En effet, soit il valide cette option de n’organiser que le second tour le 28 juin et sa décision met un terme à toutes les discussions possibles – politiques et juridiques – sur la légitimité de ce choix. Elle pourrait même rassurer les électeurs.
Soit au contraire il censure cette déconnexion temporelle, contredisant ainsi le Gouvernement. Ce serait sans doute un revers pour lui, mais il n’est plus à ça près et, sur le plan de l’organisation, il a tout prévu.
De nouvelles difficultés apparaîtraient alors, sans doute, à commencer par celle de devoir expliquer aux électeurs concernés que leur vote du 15 mars était inutile et que l’entrée dans la crise a ainsi été bien mal gérée… tout un symbole !